Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire

La transparence et la vie municipale
vécue par des élus et un collectif citoyen 
à Carnoux-en-Provence (13)

Blog d'action municipale

Et si on rendait enfin intelligent l'éclairage public ?

Extinction des lampadaires en cœur de nuit, abaissement programmé de la lumière, capteurs de mouvement…

25/09/2020

Laisseriez-vous brûler les ampoules toute la nuit dans votre garage ou le hall de votre immeuble ? Sans doute pas… C'est pourtant ce qui se passe toutes les nuits dans les rues de nos villes, et notamment à Carnoux. Des centaines de lampadaires qui éclairent les chats, les escargots ou les sangliers. Des milliards de watt-heure perdus.

 

"Mais, Monsieur, cela a toujours été comme ça !". Oui, mais toujours ne rime plus avec éternité. La planète est en danger, nous sommes en danger. Ne pourrait-on pas être un peu plus intelligents ? Ou plutôt, l'éclairage ne pourrait-il pas, lui, devenir plus intelligent ? N'éclairer que ce qui est nécessaire, n'éclairer que la présence humaine, ne pas éclairer des rues vides ?


Nous avons financé récemment à Carnoux le renouvellement d'une grande partie de l'éclairage public, mais, contrairement à ce qui se passe ailleurs, la municipalité ne s'est pas posée la question de l'optimisation de l'éclairage. Elle s'est contentée, et c'est encore heureux, d'avoir recours à des lumières moins énergivores. Celles-ci éclairent en général inutilement le bitume entre minuit et 5 heures du matin…

Aucune véritable initiative de rupture en matière d'éclairage, donc, en faveur de la transition énergétique. Alors que les communes du nord de l'Europe multiplient les dispositifs sélectifs ou à la demande, alors que les objets connectés se généralisent, nous, à Carnoux, nous avons des beaux lampadaires qui brulent toute la nuit sans admirateurs.

 

On nous dit que c'est une demande sécuritaire des Carnussiens. Mais depuis quand les lampadaires ont-ils diminué la délinquance ? Depuis quand les réverbères sont-ils indispensables aux joggers qui parcourent les espaces verts et les collines le soir avec une lampe frontale ? Combien de Carnussiens exigent réellement une telle gabegie d'éclairage ?

 

La lumière, c'est aussi celle de l'esprit, de l'innovation. Avec la technologie d'aujourd'hui nous pourrions disposer d'un éclairage intelligent, moins dispendieux et plus adapté aux exigences environnementales.

 

Sans doute, avec un éclairage adapté à la présence humaine, l'homme, décrit par Maupassant dans sa nouvelle La Nuit, et déambulant dans un Paris aux révebères à gaz éteints, aurait-il aujourd'hui moins d'angoisses... et plus de confort.

Les becs de gaz et les allumeurs de réverbères sont maintenant bien loin. Il s'agit simplement aujourd'hui, puisque la technologie le permet, d'éclairer ce qu'il faut quand il faut.

 

Eclairage public intelligent à Wavre (Belgique)

Eclairage public intelligent à Toulouse

Arrêter le gaspillage d'argent public

 

La Commission de la Régulation de l’Energie (CRE), estime de son côté que l’éclairage public est aujourd’hui devenu un "gouffre énergétique" : il représente le premier poste de consommation d’électricité d’une commune. En France, 37 % de la facture d’électricité des collectivités est en effet consacrée en moyenne à l’éclairage. C'est 16 % de leurs consommations toutes énergies confondues…

 

On estime entre 5 et 7 milliards de kWh  par an la consommation de l'éclairage public en France, soit l'équivalent d'une centrale nucléaire. Ceci représente tout de même 100 kWh par habitant par an, deux fois plus qu'en Allemagne. Pour une famille, cela excède la consommation de son frigo-congélateur...

Eclairer intelligemment, c'est possible

 

L'éclairage public peut aujourd'hui être dynamique et adapté à la présence humaine, au moment et à l'endroit requis. Les recherches montrent que l'éclairage basé sur des capteurs a un effet positif sur la perception des citoyens en matière de sécurité.

 

Augmenter la sécurité publique et la sécurité des citoyens est indispensable. Cette préoccupation peut directement bénéficier de l'éclairage intelligent. Il y a évidemment moyen de réduire le gaspillage d'énergie tout en garantissant la sécurité du public, notamment avec des capteurs de mouvement. Dès qu'un capteur détecte la présence humaine, les lumières avoisinantes s'allument à un niveau prédéfini. Qu'il s'agisse d'un piéton, d'un cycliste ou d'un conducteur, ils seront entourés d'un cercle de lumière chaud et sécuritaire.

 

En réglant les bons niveaux d'éclairage en fonction de l'heure et des spécificités de la rue, les villes peuvent parfaitement équilibrer consommation d'énergie et confort des citoyens. Un meilleur éclairage aide également les caméras de sécurité à capturer des images de meilleure qualité, améliorant ainsi la perception de la sécurité des citoyens et éloignant les délinquants.

 

Comme dans certaines villes, on peut également envisager que les citoyens ou les joggers, puissent, avec leur smartphone, demander l'éclairage (ou l'augmentation de l'éclairage) d'un parcours. Une espèce d'éclairage individualisé à la demande…  En outre, les alertes et les notifications automatiques de défaillance permettent d’obtenir une réponse plus rapide lors de la réparation ou du remplacement d’une lampe défaillante, évitant ainsi les rues sombres pendant plus longtemps.

 

Aujourd'hui,  la rénovation du réseau d'éclairage public peut être associée à la mise en place de nouveaux services, plus proches des citoyens.

Le réseau d’éclairage public est la porte d’entrée vers la ville intelligente

 

Des capteurs installés sur les luminaires, fonctionnant en réseau et capables de discerner les mouvements observés dans une rue peuvent distinguer à plusieurs dizaines de mètres un humain d'un chat, une voiture d'une branche d'arbre. Lorsqu'un mouvement est repéré, l'intensité de l'éclairage ne sera donc augmentée que si nécessaire et pour un temps réduit, comme dans certains quartiers de grandes villes comme Toulouse.

 

Il existe aussi des applications qui vous géolocalisent et vous permettent, en appuyant sur un bouton « ampoule », d'envoyer une demande d'éclairage au dispositif qui gère les lampadaires concernés. La rue où vous vous trouvez sera alors automatiquement éclairée pendant un quart d'heure. Vous vous déplacez ? Les luminaires des rues que vous emprunterez s'allumeront eux aussi automatiquement. Une innovation expérimentée notamment à Lisieux (Calvados), via l'application de la ville "Lisieux & Moi" (voir ici).

 

La municipalité de Carnoux a toujours des difficultés pour être à la pointe de la transition énergétique.Le maire répète à loisir que l'éclairage public reste encore pour quelque temps de compétence communale, avant d'être transféré, dans un proche avenir à la Métropole, ou plutôt au Territoire (ex-MPM) dont il est le premier vice-président. Que n'utilise-t-il donc pas cette compétence exclusive pour prendre résolument le tournant de la transition énergétique !

 

Comme toujours, Carnoux est suiviste, même sur ce qui relève de sa compétence directe. Il suffirait que, dans notre région, à l'instar de la Bretagne, de l'Aquitaine ou dans l'Est de la France, des communes de plus en plus nombreuses alentour montrent l'exemple pour que l'idée d'un éclairage intelligent germe enfin à Carnoux. Selon Anne-Marie Ducroux, présidente de l'Association  Nationale pour la Protection du ciel et de l'Environnement Nocturne (ANPCEN) et membre du Conseil Economique Social et Environnemental (CESE),  "12000 communes éteignent l’éclairage une partie de la nuit", ce qui représente quand-même un tiers des communes françaises.

 

Depuis 2016, certains quartiers de Toulouse bénéficient d'un dispositif reposant sur des lampadaires équipés de capteurs, qui détectent la présence d'un piéton, d'un vélo ou d'une voiture et adaptent la puissance de l’éclairage selon le passage. Il a permis de réduire la consommation « de 60 % avec une marge d'erreur de moins de 30 % », d’après les chiffres relayés par La Dépêche. Dans l'agglomération nantaise, une grande majorité de communes coupent l’éclairage la nuit, entre minuit et 5h30. Dans d'autres, il n'est que simplement abaissé. A l'Isle sur la Sorgue, chaque nuit, un abaissement de moitié du niveau d’intensité de l’éclairage pendant six heures permet de réaliser de substantielles sources d’économie d’énergie (lire ici).

 

Alors, à quand Carnoux ?

Ce qui est possible ailleurs est possible à Carnoux !

Comme l'explique l'Association des Maires de France (AMF), les craintes en matière de sécurité sont non avérées (lire ici).


Certes, réduire l’intensité lumineuse, aller jusqu’à l’extinction plusieurs heures par nuit, inquiète une partie de la population qui craint pour sa sécurité. L’exemple du PNR du Gâtinais montre que ces craintes ne sont pas avérées. 67 communes sur 69 y pratiquent l’extinction au moins 5 heures par nuit. Résultat : « Arrêt des rassemblements nocturnes, arrêts des tags et dégradations du mobilier urbain, réduction de la vitesse dans les bourgs et hameaux et aucune incidence négative sur la sécurité », développe Jean-Jacques Boussaingault, président du parc.

 

Les élus ayant porté de tels projets insistent sur l’importance de l’information et de la communication.

La communication en amont du projet s’appuie sur l’état des lieux de l’éclairage public et permet d’expliquer les enjeux de la réduction de l’éclairage public envisagée (économiques, écologiques ...). La transmission des données objectives sur l’absence de lien entre éclairage et sécurité, et les retours sur expérience de communes ayant déjà réduit l’éclairage public permettent de désamorcer les craintes.

 

Dessin D. Bovery, ADEME Franche-Comté

Pour aller plus loin...

Il est impossible de contempler la Voie Lactée sous des lampadaires. Ne pas voir, observer, comprendre le ciel, c'est se priver du merveilleux, de l'imaginaire. Un enfant qui ne perd pas de temps en temps son regard dans les étoiles, renonce à une part de rêve, de philosophie, de poésie, de science.

 

L'éclairage public à LED ne diminue pas la pollution lumineuse

 

A Carnoux, la pollution lumineuse ne permet plus de regarder le ciel, à l'œil nu ou avec des jumelles, encore moins avec un petit télescope. Cette pollution est avant tout locale. Le halo de Marseille, qui serait certainement visible en cas de coupure d'électricité dans notre ville, n'est que secondaire, caché par les collines de Carpiagne.

 

 

La proximité d'Aubagne n'est pas non plus majeure. C'est bien l'éclairage local qui constitue la principale difficulté pour découvrir le ciel et, dans le même temps, l'astronomie.

 

Contrairement à ce qu'affirme notre Maire dans Le Messager d'avril 2019, l'éclairage public à LED ne "limite pas la pollution lumineuse". Il l'aggrave même par rapport aux lampes sodium à basse tension. Simplement, les LED's consomment moins d'électricité à éclairement égal, car elles ne rayonnent que dans le domaine visible et non dans l'infrarouge.

Retrouvons notre ciel étoilé pour rêver un peu !

Le ciel français (et européen) pollué par les lampadaires...

 

La pollution lumineuse a pris de telles proportions dans le monde que l'alerte a été sonnée par les scientifiques et l'Union Astronomique Internationale. Non seulement il n'y aura bientôt, en raison de l'éclairage, plus de lieux où le ciel nocturne sera noir, mais également les constellation de centaines, voire de milliers de satellites éclairés par le soleil comme des escarbilles (par exemple le projet Starlink), nous menacent.

 

La protection de notre ciel est plus que jamais nécessaire ! Pour vous faire une idée, cliquez sur la carte ci-dessous et zoomez sur notre région.

 

Photos Jean-Luc Gach (Peynier)

Saturne, galaxie NGC 253, amas des Pléïades, août 2020

Cliquer sur les images pour les agrandir

Les observations d'amateur ci-dessous, effectuées ces dernières semaines dans la campagne près de Peynier, montrent ce qui n'est plus accessible aujourd'hui à Carnoux. L'observation de planètes avec une très haute résolution spatiale. Le détail de galaxies pourtant minuscules dans des jumelles. Un amas très faible comme les Pléïades…

 

Retrouvons notre ciel étoilé ! Ceci permettra peut-être la création, à Carnoux, de son premier club astronomique…

La difficulté de la pratique de l'astronomie amateur

 

Toujours est-il que les Carnussiens, jeunes et moins jeunes, sont bien gênés pour retrouver les sensations, les découvertes, les émerveillements du ciel étoilé. Alors que l'achat d'un petit télescope est aujourd'hui accessible à moindre coût, alors que les nouveaux détecteurs électroniques permettent à tout amateur de disposer d'outils d'imagerie plus puissants que ceux des professionnels il y a encore 20 ans, c'est la pollution lumineuse qui limite aujourd'hui la pratique de l'astronomie populaire. Les clubs astronomiques urbains et périurbains végètent et doivent se déplacer sans cesse plus loin pour exercer leurs activités.

 

Cliquez ici pour accéder à une carte détaillée de  la pollution lumineuse en France et dans le monde

La voie lactée n'est plus visible.

On ne voit que les étoiles brillantes.

Les nuages sont éclairés.

Centre de Carnoux-en-Provence :

Radiance de l'éclairage : 28 10-9 W/cm2

Echelle de pollution de Bortle : 5.6